l'univers d'une peintre schizophrène: Marie-Jo Chappatte, 1943-2005.
écrits




écrits.



fragment d'un journal

J'ai entendu le tambour, il fallait le laisser passer de la mer à travers la ville, je l'ai arrêté.
J'étais attirée par le bateau immense très haut sur l'eau, de couleurs vives et lumineuses, le bateau partait sur une mer de clapot noire.
Au cours de cette nuit, j'ai voulu que B. retrouve ses amis, ils étaient dans la profondeur de la nuit de l'eau.
J'avais l'œil de la mémoire enlevé et ils ont voulu tous que je sois une sainte, j'ai entendu dans la direction ouest du côté de la digue «il y a un miracle». J'ai été troublée par les voix de deux hommes qui doutaient de la vérité. Tous attendaient, et il a plu, il a plu.
Et j'avais entendu le chant très merveilleux en langue très ancienne et je les voyais tout en haut et j'étais là toute petite et fragile et j'écoutais. Et ce monde était d'un noir et gris lumineux seul celui qui chantait était d'une lumière diffuse et tendre.
Et il a plu. J'étais à bout de force, il a fallu que je renonce à sauver les amis de B. Il était muet.
Cette fois, il réclamait sa petite fille. Je n'ai pas su la délivrer. Je l'ai délivrée plus tard à la fin de ce spectacle.
La petite fille était là à gauche de la maison avec ma famille.
Je vivais tout ceci comme si c'était moi la seule responsable de ce qui se passait.
Ma petite fille est restée quelque temps à me garder, moi et ma maison avec un petit garçon sur le toit ou en haut de la façade. Ils m'ont défendu avec beaucoup de courage. Ma petite fille est prisonnière ailleurs et ce petit garçon n'est plus ici. Il avait dit «non» et c'est lui qui m'a aidée.

Une autre fois L. a joué, était-ce la même nuit. Elle jouait à la vie, à la mort.
C'était, si je disais «non», je mourais.
A propos du jeu de la mort, L. n'a pas pu jouer jusqu'au bout. J'ai reconnu sa voix qui s'est transformée en voix de Bourvil.
C'est tout. J'ai du dormir et je n'ai pas su ce qui a été décidé.

Marie-Jo Chappatte. 1985.




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