Dimanche
chers parents,
Il ne faudra pas m'en vouloir si je décide de mourir. Vous allez être très malheureux.
Je viens seulement de comprendre dans quel lieu je vivais, mais le comprendre terriblement.
Je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre. Autrefois je rêvais de
la mort comme de la seule douceur possible.
Puis de la route, avec au coeur l'alerte qui donne le pouvoir de reconnaître la beauté. Je ne pensais
pas au mal, je ne pouvais pas le concevoir. Ce que j'entendais du mal, ce que je lisais, je ne le comprenais pas vraiment.
Je refuse de devenir adulte et de vivre car aucun lieu ne pourra plus me donner la joie, ni le désir de vivre.
Je ne me sens même plus la force de me révolter comme je le faisais de temps en temps à la maison.
Si l'on vous dit que je jouais et que j'ai perdu et que vous êtes responsables, ne croyez pas. Je cherchais les
sources de vie dans l'angoisse et la peur sans répit avec quelques rares joies véritables et immenses dans un
univers qui n'était pas la réalité.
Ces hommes là ont pour seule véritable
valeur, cette réalité qu'ils essayent de
camoufler tant bien que mal en riant ?
Que font-ils quand ils sont face à
face avec eux-mêmes ?
Est-ce que cela leur arrive souvent ? Ils doivent désirer la
mort de toute leur force, comme moi,
depuis si longtemps, que je m'étonne de
n'en avoir pas plus parlé, et d'être encore
vivante.
Quand je dis le mal, je pense à ses
effets. Le grotesque de la sexualité
ne pouvait pas me faire rire. J'avais
besoin d'affection et souhaitais demeurer
seule. C'est fait.
Ils ont rejeté sur moi
toutes leurs misères et les miennes à
en vomir, en pleurer. Mais je ne vomis, ni
ne pleure; simplement une grande tristesse
Vous voyez, je n'ai jamais pu
m'adapter. Je vous laisse tout ce que j'ai écrit; même si je n'étais
pas assez lucide pour le bien faire, même
si l'art y est absent, même si je le
sais depuis longtemps, je ne le brûlerai
pas. Gardez le et lisez-le.